Dessin mural

Guillaume Pinard, Hubert, 2011, fusain
Georges Boulard & Sébastien Vitré, Mural of Manherd, 2011, Impression numérique 3D

Le dessin mural sera mis à l’honneur par les réalisations in situ
des artistes Guillaume Pinard et Georges Boulard & Sébastien Vitré.

Sous le dessin
Par tradition, le dessin est dessous. Sous la peinture, dans l’intimité moite du plâtre et du pigment. Il est l’obscur, le sans-grade, l’auxiliaire bonne poire qui s’efface quand paraît l’œuvre, la vraie. Il est la mince rainure qui entame le support et que couvrent les glacis qui le nient. Son statut d’intellectuel ne le protège pas de ce retour au néant.
En 1976, on découvre dans la chapelle Médicis à Florence un couloir qui mène à une chambre secrète. Le lieu a été créé par l’architecte du lieu, Michel-Ange, qui venait s’y reposer et méditer pendant l’avancement des travaux ; qui s’y est probablement aussi réfugié quand il était menacé par les sbires d’Alessandro Médicis en 1530. Sur les murs nus, dans la semi pénombre de ce studio caché, Michel-Ange a dessiné. Pour son agrément, et donc par besoin. Pour se confronter à lui-même et au monde, pour se voir vieillir et s’armer contre la mort. Pour lui seul, dans ce boyau, mi-matrice, mi-tombeau. Là, le trait noir est posé comme œuvre. Définitive. Pour la première fois, il ne sera pas effacé ni recouvert. Il sera enseveli, et oublié. Tombeau noirci de l’âme de l’artiste ; tombeau du dessin.
Le dessin apprécie cette obscurité. La noirceur du bois calciné, L’ombre des visages aimés, la fraicheur humide des cavernes. Le dessin ne s’expose pas au grand jour. Dans les entrailles de la terre-mère, disait déjà Cro-Magnon. Pas plus de 50 lux, précise le régisseur. Et encore, si on peut ne pas l’exposer, ne pas le montrer du tout, c’est encore mieux pour lui. Alors, on l’accumule dans les tiroirs. Il est voué aux cabinets des amateurs…
Le dessin travaille sous la surface. Son action est sous-jacente, secrète. Il est le non-dit, le refoulé, ce qu’on cache mais qui se débrouille toujours pour réapparaître.
Trace noire de l’âme, le dessin affectionne le suint des supports muraux. La lèpre des internats, et des prisons, l’obscurité haletante des pissotières. Tout un monde de plâtre et d’eaux grasses : le dessin est chez lui ! L’habitude de fréquenter les marges le prédisposait aux lieux interlopes. Là aussi, l’Homme, l’élève, le prisonnier, le passant aviné, s’isole du monde, se pose, se retrouve et dans la pénombre, toujours, confie aux murs ses angoisses, ses désirs, sa haine, sa faim, sa peur du noir, le temps qui passe, les secrets. On maudit les infidèles, on réduit les autres au néant et à la bête, on exalte sa virilité. Déjà l’homme-oiseau au fin fond de Lascaux avait une petite tête et un gros sexe. On laisse son nom. L’image se mêle au texte. Pures traces d’intimité. La vérité toute nue, celle qui sort des puits ombreux.
Aujourd’hui que les pissotières sont dans les musées, le dessin fréquente les salons, entre dans les églises. Il s’exhibe : l’artiste dessine devant vous. Le dessin veut être aujourd’hui un médium reconnu. Il se construit un pedigree de parvenu et se cherche quelque ancêtre de conséquence. A la vérité, c’est une belle fleur de caniveau.

Yan Chevalier in Offshore #27